Mélissa

L’insoutenable

Tous mes sens embrassaient la fin de l’été. Je respirais la brise saline qui rendait ma peau collante. Allongée sur la plage, je regardais mes enfants s’amuser dans l’eau froide du Maine avec leur père. Leurs éclats de rire résonnaient jusqu’à moi et me rendaient heureuse.

Je me suis levée lentement, alanguie par la chaleur. J’ai marché jusqu’à la mer, puis je me suis assise à l’endroit précis où les vagues terminent leur course. Bercée par leurs flots, je fixais l’horizon dans un état de gratitude.

Mélissa

Le courage

15 juillet 2015. J’étais chez moi en train de travailler, ou plutôt, de ruminer. Je réfléchissais à mon implication dans le projet d’affaires de mon mari. L’idée était de développer et de commercialiser une application mobile qui permettrait aux médecins de gérer leur facturation de manière simple et efficace. Je connaissais ce projet sur le bout des doigts. Pourtant, sans avoir le courage de l’admettre, je savais que je n’étais pas à ma place.

Mes états

L’intimidation

Elle devait casser la glace, le sort en avait décidé ainsi. Elle s’est levée sous le regard compatissant de ses collègues de classe, s’est dirigée vers l’avant, tremblante, puis a demandé un moment pour reprendre ses esprits.

« Pas de problème. Prends ton temps », lui ai-je répondu.

Mélissa

Le voyage

15 juin 2015. Je venais de terminer la dernière valise, j’avais le cœur à la fête. On partait en voyage. On en rêvait depuis des semaines. Surexcités, les enfants sont montés dans l’auto en se bousculant et en répétant les étapes du trajet jusqu’à nous en faire perdre la tête :

Mélissa

La vérité

27 mai 2015. J’étais sans nouvelle de Mélissa depuis son premier traitement de chimiothérapie, une semaine plus tôt. Je me doutais bien qu’elle passait un mauvais quart d’heure. Mais en vérité, je ne m’inquiétais pas, je la savais entourée.

Puis est arrivé ce message :

Mes états

Mon rêve d’enfant

Enfant, je rêvais de devenir médecin, comme mes parents. Mon père m’emmenait souvent visiter des malades à domicile et c’était, pour moi, une immense fierté. Que tous ces gens habitent «à domicile», que je croyais être un village, me fascinait au plus haut point!

Mélissa

L’autosabotage

19 mai 2015. Mélissa était à Montréal pour recevoir son premier traitement de chimiothérapie. Je l’avais portée dans mon cœur tout au long de la journée, comme chacun des membres de sa famille, comme chacun de ses amis, certainement. Qui l’avait accompagnée? Son chum peut-être ou sa mère ou sa meilleure amie. Comment se sentait-elle? Avait-elle mal? Avait-elle peur?

Mélissa

La vulnérabilité

Mélissa et moi, on aimait écrire. On s’est beaucoup écrit. Un jour, au bureau, elle s’était confiée, comme ça, tout bonnement : « T’sé, ma vie, ç’a pas toujours été facile. Je te dis, je pourrais écrire un livre avec tout ce que j’ai vécu. Je l’ferai jamais. J’suis pas une écrivaine, mais… c’est mon rêve pareil. » C’est mon rêve pareil.

Après sa mort, quand j’en ai eu le courage, j’ai mis bout à bout tous les messages qu’on s’étaient envoyés : 40 pages de textos!

Mes états

L’inattendu

L’inattendu survient, même lorsqu’on croyait avoir tout prévu. L’automne où j’ai réalisé que je souffrais d’un trouble anxieux, j’ai également réalisé que j’étais enceinte. Je me souviens d’avoir regardé le test de longues minutes sans bouger, dans un état d’hébétude complet. Puis d’être allée en acheter un deuxième. Même constat.

Mélissa

Le cancer

Avril 2015. L’air était frais, le soleil, radieux.  On s’était donné rendez-vous dans un café. Je l’attendais, fébrile. Je réfléchissais à ce que j’allais lui dire. Qu’est-ce qu’on dit à son amie atteinte du cancer? C’était la première fois qu’une personne de mon entourage, jeune et pleine de vie, souffrait d’une maladie potentiellement incurable. J’étais perturbée.