Mes états

La résurrection

En ce matin de Pâques, je ne voudrais pas paraître présomptueuse en utilisant le mot résurrection. Je suis bien consciente de l’importance qu’il revêt au cœur des Chrétiens. Or, aucun autre mot ne semble exprimer avec justesse ce que je veux vous partager.

À pareille date l’an dernier, j’étais perdue. Depuis plus de 5 ans, j’essayais de me redéfinir au plan professionnel. Je croyais que mon avenir serait fait de conférences, dont l’objectif serait, grosso modo, d’aider les gens en quête de sens à embrasser leur vulnérabilité pour créer des relations saines, authentiques et bienveillantes, tant avec eux-mêmes qu’avec les autres. Pour l’ancienne-prof-de-littérature-convertie-au-développement-personnel que j’étais, cette voie me semblait taillée sur mesure.

Or, lorsque le grand confinement est survenu, j’ai vu tous mes contrats s’annuler, les uns après les autres. J’étais triste et désemparée. Tout le travail accompli pour construire ma crédibilité semblait parti en fumée. Une fois de plus, j’avais l’impression que mon rêve professionnel me glissait entre les doigts et que je n’avais aucune prise sur lui.

Quelques semaines ont passé avant que j’accepte de voir la réalité en face : certes, les conférences étaient une pièce du puzzle, mais j’avais également envie d’accompagner mes clients de manière de plus personnelle et proactive. C’est à ce moment que j’ai entamé les démarches pour devenir coach, malgré toutes mes résistances. Car, je l’avoue, ce que je voyais de certains coachs sur les médias sociaux me rebutait profondément.

Au cours des 12 derniers mois, j’ai vécu un changement de perception majeur, non seulement face au coaching, mais également, face à tout ce qui concerne la performance et le leadership. Je vous partage ici une réflexion qui porte sur la prise de conscience, la responsabilité et le pouvoir.

Une invitation à me réconcilier avec la performance

Lorsque j’ai tenu dans mes mains le livre obligatoire de la formation, intitulé Coaching for Performance, j’ai eu un mouvement de recul : mon corps s’est crispé. Une tension a parcouru ma nuque, mes épaules, mes omoplates. En voyant sa couverture noire, flanquée d’un grand aigle blanc, j’ai été catapultée en septembre 2008, dans le bureau de la psychologue qui a posé sur moi et la crise que j’étais en train de vivre cette douloureuse étiquette : trouble d’adaptation lié à l’anxiété de performance.

Assise face à cette femme qui semblait si sûre d’elle-même, je n’ai pas réfléchi au poids des mots qui venaient de s’abattre sur moi. Mais je les ai ressentis dans tout mon être. J’ai eu la vive impression qu’un ennemi invisible et invincible venait de s’abattre sur moi par derrière, sans crier gare, tel un aigle sur sa proie.

J’ai cru – à tort bien sûr – que toutes les stratégies de gestion du stress et de l’anxiété, que j’avais soigneusement mises en place au cours des 26 premières années de ma vie, n’étaient d’aucune utilité. J’ai perdu foi en mes capacités et en mes talents. Dans ma tête de jeune-femme-qui-se-croyait-promise-à-une-brillante-carrière, j’étais face à mon impuissance, à mon incompétence… à mon échec.

En revisitant cet épisode de ma vie aujourd’hui, je réalise que j’ai voulu rayer de ma carte l’idée même de la performance. J’ai mis sous clé, dans une partie très sombre de mon cerveau, mes relevés de notes exemplaires, les éloges de mes professeurs et celles de mes étudiants. Si ma réussite impliquait cette quête maladive de la performance et de la perfection, je préférais ne plus réussir. Le prix à payer pour être cette version de moi-même me semblait trop élevé, trop douloureux.

Dix années ont passé, durant lesquelles j’ai vécu une multitude d’expériences, tant personnelles que professionnelles. Quand je regarde cette partie de mon existence, je peux affirmer sans aucune hésitation que ce sont mes rôles d’épouse, de mère et de bénévole auprès de personnes en fin de vie qui m’ont permis de me reconnecter à la source vive d’amour et de bienveillance qui réside en moi.

De là est né l’espoir de me réconcilier avec ma propre vulnérabilité. Cet espoir m’a donné le courage d’explorer et de comprendre ce qui se cachait derrière mon effroyable anxiété de performance. Ces prises de conscience ont ravivé mon désir de m’investir dans ma vie professionnelle et de contribuer pleinement au monde qui m’entoure. Je craignais toutefois de retomber dans le piège de la performance désincarnée et vide de sens.

C’est alors que j’ai entrepris un grand voyage sur la route de ma vie. En choisissant de me former à la programmation neurolinguistique, puis à la communication non violente, j’ai arpenté des sentiers qui m’étaient jusqu’alors inconnus. J’ai pris conscience de mes propres enjeux, de mes croyances limitantes et de mes résistances. J’ai appris à me connaître intimement, à me ressentir et à me lier à mes parties blessées.

Au fil des mois, j’ai découvert une femme à la fois forte et fragile, capable d’introspection et de transformation. J’ai pris l’habitude de me fixer des objectifs réalistes et de me mettre en action pour les atteindre, sans trop m’attacher au résultat. Mon intérêt se portait principalement sur le processus d’apprentissage qui me permettait de transcender ma peur de vivre. Petit à petit, j’ai repris contact avec ma foi en moi et en plus grand que moi. J’ai réalisé que j’avais le pouvoir de créer, en mon for intérieur, cet espace de calme et de sécurité où je pouvais me réfugier, chaque fois que la peur et le doute tentaient de s’immiscer.

À partir de ce moment, je me suis donné la permission d’être qui je suis et d’avancer librement sur le chemin de ma vie. Je me suis alors sentie prête à accompagner d’autres personnes pour les soutenir dans la définition de leurs objectifs et le déploiement de leur plein potentiel.

Le coaching, c’est l’art de se mettre au service de l’autre pour l’aider dans sa propre démarche avec ouverture, confiance et créativité. »

LYNE LEBLANC, FONDATRICE DE DILIGENCE COACHING

Allier prise de conscience et responsabilité

L’alliance entre la prise de conscience et la responsabilité est une condition sine qua non au changement. En racontant les événements marquants de mon parcours, j’ai voulu montrer que ces deux facteurs ont été la clé de voûte de ma transformation. Aujourd’hui, je vois clairement que mes angoisses existentielles étaient liées à une conception limitée de la réussite et de la performance.

En réalité, je n’attachais aucune valeur à mon processus d’adaptation face aux événements de la vie. Je ne m’accordais aucun droit à l’erreur et je ne savais pas célébrer mes victoires. Mon cheminement personnel et mon impact sur les autres n’avaient aucune importance à mes yeux. Dès que j’atteignais un objectif (même s’il était aussi ambitieux qu’un mémoire de maîtrise de plus de 120 pages auquel j’avais consacré deux années de ma vie), je terminais en me disant : « OK ! Parfait ! What’s next ? »

C’est uniquement à partir du moment où ces façons d’être ont été conscientisées et où j’ai choisi d’en prendre responsabilité – sans culpabilité ni jugement – que je me suis véritablement engagée sur la voie du changement. Je peux affirmer, pour l’avoir vécu, « qu’une prise de conscience non critique est en soi curative et que c’est ce qui en fait la magie ». (Guide du coaching, p. 89)

Se donner le pouvoir d’agir

« La pleine et entière responsabilité est une question de choix » et avoir le choix, c’est se donner le pouvoir d’agir. (Guide du coaching, p. 93) En ce qui me concerne, j’ai longtemps considéré le pouvoir d’un œil suspicieux, particulièrement mon propre pouvoir. À certains moments, j’avais si peur de commettre une erreur, de déranger ou de choquer que je préférais me taire. À d’autres, ne sachant comment gérer mon tumulte émotionnel, je passais, tel un caméléon, de la posture de victime, à celle de bourreau, à celle de sauveur.

J’ai agi de la sorte jusqu’au jour où j’ai compris que sortir de cette impasse signifiait reprendre mon pouvoir en rééquilibrant les forces. J’ai alors saisi que les autres, mon conjoint et mes enfants tout particulièrement, étaient mes alliés puisque leurs réactions m’aidaient à comprendre l’impact de mes communications.

Grâce à eux, j’ai découvert toute la force du pouvoir relationnel. Comme l’explique Edward Chambers :

Le pouvoir relationnel est infini et unifiant, pas limité et divisant. Il est additionnel et multiplicateur, pas soustrayant et divisant. À mesure que vous devenez plus puissant, les gens en relation avec vous le deviennent aussi. À mesure qu’ils deviennent plus puissants, vous le devenez aussi. Ce pouvoir est compris comme étant relationnel, c’est le pouvoir avec, et non le pouvoir sur.

EDWARD CHAMBERS, CITÉ PAR ADAM KAHANE DANS POWER AND LOVE. A THEORY AND PRACTICE OF SOCIAL CHANGE, 2010.

Être en pouvoir avec, c’est créer avec l’autre un partenariat qui permet de transformer les apprentissages et les découvertes en actions, ce qui est essentiel à toute transformation. C’est favoriser l’exploration, l’autonomie et le progrès par une relation d’interdépendance menant à la co-création.

Dans cette optique, le coaching est une compétence clé pour tout leader souhaitant développer son plein potentiel et celui de ses collaborateurs. Pour moi, un leader est une personne qui choisit d’assumer pleinement qui elle est, de miser sur ses forces et de travailler sur ses faiblesses. Cette personne prend la décision d’exister et de se manifester, au risque de déplaire. Ce faisant, elle valorise, pour elle-même et pour les autres, l’authenticité, l’intégrité et la responsabilité. Elle a une vision des changements qu’elle souhaite voir advenir en ce monde, et choisit de les incarner.

La résurrection, c’est renaître à ma vie

Les 5 dernières années m’ont transformée. Les expériences que j’ai vécues, souvent racontées sur ce blogue, et les formations que j’ai suivies ont ouvert mes horizons et redéfini le champ des possibles. Celle de coaching a agi tel un catalyseur, en donnant un sens à tout ce que j’avais fait auparavant, y compris ma maîtrise en littératures et mes années d’enseignement.

Le coaching m’a donné le cadre et les outils nécessaires pour concrétiser mon projet d’accompagnement. Il a également donné un sens aux défis personnels et professionnels ayant marqué les 12 dernières années.

Aujourd’hui, quand j’envisage la performance, ma respiration demeure souple et fluide. Je dirais même que je me sens libre, car le coaching n’a rien d’une performance. C’est une alliance qui se crée entre deux personnes pour permettre au changement d’advenir. Et cela correspond exactement à ce que je veux vivre.

Je sens jaillir en moi plus d’énergie, de force et de détermination que je n’en ai jamais eues. Je me sens prête à occuper ma place, à la revendiquer même, et pour moi, c’est une véritable résurrection !

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