Mes états

L’anxiété de performance

Je souffre d’anxiété de performance depuis la fin de mon adolescence, mais c’est au début de la vingtaine qu’une psychologue a mis un nom sur cette terrible maladie de la perfection. Je suis entrée dans son bureau sans trop savoir ce que j’allais y faire, sans trop y croire non plus. Mais au point où j’en étais, je n’avais rien à perdre…

Je lui ai confié mon effroyable peur, non pas de vivre des échecs, mais d’être un échec. Ça vous paraîtra peut-être ridicule, mais il s’agit d’une pensée très envahissante chez moi, une sorte de menace irraisonnée qui plane au-dessus de ma tête. Quand mes pensées négatives m’assaillent et que je perds pied, ma perception de la réalité est si tordue que j’ai l’impression que je ne réussis rien, que je ne réussirai jamais rien.

Cette première heure de thérapie de ma vie, je l’ai passée à raconter le terrible état d’angoisse dans lequel me plongeait mon début de carrière : le stress constant qui gardait tous mes sens en alerte; les palpitations qui me faisaient trembler avant d’entrer en classe, la douloureuse impression qu’un étau se resserrait autour de moi; la désorganisation complète de ma pensée – et c’était certainement pour moi le plus effrayant de tous ces maux.

À la fin de la séance, la psychologue s’est prononcée :

– Ce que vous vivez présentement est un trouble d’adaptation lié à l’anxiété de performance. Le passage du milieu universitaire au milieu professionnel est difficile, déstabilisant, et vous exigez de vous-même la perfection. Vous voudriez que tous vos étudiants vous aiment, qu’ils se passionnent pour la littérature et qu’ils assistent à vos cours comme s’il s’agissait d’une fête.

Je hochais la tête en signe d’assentiment, mais en mon for intérieur je me disais : Évidemment que c’est ce que je souhaite! Quoi? Ce n’est pas ce que tout le monde souhaite?

Elle a poursuivi :

Vos attentes sont complètement irréalistes, c’est pour cette raison qu’elles génèrent autant d’angoisse et de déception. Vous voudriez atteindre l’idéal que vous vous êtes fixé sans vous permettre la moindre erreur, sans même vous être pratiquée. Pire encore, vous laissez aux autres le soin de déterminer votre valeur.

J’étais sciée.

Cette psychologue avait cerné mon problème de manière si juste que j’avais l’impression d’être mise à nu. La réalité était peut-être pire encore. Je tentais constamment de faire plus, de faire mieux, pour finalement balayer mes succès du revers de la main en me disant : C’est normal que je réussisse, j’ai fait ce que j’avais à faire. C’est tout. What’s next?

Cette vérité me sautait au visage, elle était énorme, et je ne savais absolument pas quoi en faire. C’était comme si on me disait que j’allais devoir réapprendre à vivre. J’avais toujours exigé de moi rien de moins que l’excellence. Il me semblait que c’est ce que tout le monde exigeait de moi…

Depuis près de 10 ans, je tente d’amadouer la juge intransigeante qui sévit au-dedans de moi. Quand ma saboteuse intérieure m’afflige de son regard méprisant, je la rappelle à l’ordre : Cesse de me rendre la vie impossible, je fais de mon mieux.

Au fil du temps, j’ai appris à m’évaluer autrement, non plus en fonction de mes réalisations, mais en fonction de ma valeur profonde et intrinsèque. J’ai fait des efforts prodigieux pour en arriver à m’estimer, pour en arriver à dire : Je suis une bonne personne, point. Je n’ai pas besoin de performer pour être aimée. Je n’ai qu’à être la femme que je suis, je n’ai pas à cacher mes doutes et ma fragilité sous l’armure étincelante du succès.

Malgré tout, ça demeure difficile. Certains jours, plus sombres, j’ai l’impression que je n’y arriverai jamais.

Je vous confie mon histoire, car je suis inquiète du niveau d’anxiété qui affecte les gens, tout particulièrement les jeunes. J’aimerais que mon témoignage apporte un peu de réconfort à ceux qui souffrent en ce moment.

Sachez que vous n’êtes pas seuls. Sachez qu’on peut s’en sortir.

Le premier pas à faire est de se confier à quelqu’un. S’il est trop difficile d’en parler, écrivez ce que vous ressentez. Déversez tout sur papier : les peurs, les angoisses, le mal de vivre, la colère, la rage, tout. Sortir la souffrance de soi, la mettre au-dehors pour mieux la cerner et pour trouver des moyens d’agir sur elle, est déjà un grand pas dans la bonne direction.

Et vous ne serez pas surpris si je vous dis que l’écriture est la meilleure thérapie qui soit.

Allez, à vos crayons!

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Pour en savoir plus au sujet de l’anxiété de performance :

2 pensées sur “L’anxiété de performance”

  1. Julie dit :

    Merci pour ses belles paroles, ça fait un grand bien à lire .
    Je vois que je ne suis pas seule à vivre ses anxiété.
    Gros gros gros merci

    1. Judith Proulx dit :

      Merci à toi, Julie, de prendre le temps de m’écrire. Les commentaires de mes lecteurs me sont très précieux.

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