Ce que mon engagement à changer m’a appris

La quête de sens

L’idée d’accompagner des personnes en fin de vie s’est imposée à moi la dernière fois que je suis allée voir Mélissa. L’impulsion a été si soudaine, si forte que je n’ai pu m’y soustraire. Je suis allée m’informer des dates de la prochaine formation, j’ai laissé mon nom, puis tout s’est enchaîné.

C’est à la veille de ma première journée que j’ai réalisé ce que j’allais faire. J’étais dans un resto du Vieux-Montréal avec Laurie. C’était lors des fameuses retrouvailles dont je vous ai déjà parlé. On discutait de nos vies, de nos projets, de nos ambitions. Et tout de go, je lui ai lancé que je commençais à faire du bénévolat aux soins palliatifs le lendemain matin:

– Euh… Pour vrai?

– Oui! C’est bizarre, hein? C’est l’expérience que j’ai vécue avec Mélissa… J’ai besoin de faire quelque chose de concret, mais j’sais pas trop comment j’vais réagir. Ça me fait peur.

­– Ouf! T’es vraiment bonne de faire ça!

J’ai vite changé de sujet. J’étais mal à l’aise d’en parler, mais son commentaire m’est resté en tête. T’es vraiment bonne? Était-ce vraiment par bonté, par grandeur d’âme que je me lançais dans cette aventure? Peut-être. Mais une autre raison me motivait encore davantage. J’étais en quête de sens. J’avais besoin d’entrer intensément en contact avec mon humanité, car trop souvent, j’ai l’impression d’habiter un monde où la chaleur, l’empathie et l’amour font gravement défaut.

Le lendemain matin, une certaine nervosité s’est emparée de moi. Et si je n’aimais pas ça? Et si je n’avais pas la bonne attitude avec les patients? Et si j’étais incapable de faire face à la déchéance du corps, à la souffrances, aux larmes? Et si…

J’étais arrivée. Dès que j’ai franchi les portes de l’unité de soins palliatifs, le tumulte du dehors a perdu son emprise sur moi. L’ambiance feutrée du lieu m’a rappelé la fragilité des moments qui s’y vivaient. Contrairement à ce que j’avais appréhendé, mon rôle était simple. Je n’avais qu’à être là, dans un état d’ouverture et de disponibilité complètes, pour savoir ce que je devais offrir : une discussion, un encouragement, une présence, une main. Parfois, le partage du silence, l’écoute de ce qui n’est pas dit.

J’accompagne des personnes en fin de vie depuis maintenant 6 mois et pour la première fois depuis des années, le calme s’est fait dans ma tête – bon, bon, pas le calme plat, je l’avoue… Mais étrangement, je vis beaucoup mieux depuis que je côtoie la mort de près. À ma grande surprise, je découvre qu’il y a autant de manières de mourir qu’il y a de manières de vivre.

En ce moment, je suis renversée par la joie de vivre, la générosité et la capacité d’adaptation de Nancy, l’une des patientes que j’accompagne. Nancy est une belle femme de 46 ans qui a reçu une greffe de rein et de pancréas il y a 17 ans. Elle souffre présentement d’une infection grave dont la cause demeure inconnue. Elle pourrait être complètement atterrée et en vouloir au monde entier de se retrouver face à la mort au mitan de sa vie.

Mais non, Nancy garde le sourire et continue d’apprécier sa vie. Elle se crème, se maquille, se parfume, elle aime son chum, son fils, sa famille. Elle a fait venir un photographe dans sa chambre pour s’immortaliser avec les siens. Vous vous dites peut-être qu’elle est en plein déni. Je ne crois pas. Nancy a la capacité exceptionnelle de s’ancrer dans le présent. Elle vit maintenant et souhaite donner un sens à sa mort.

Depuis qu’elle est admise aux soins palliatifs, elle s’est donné pour mission de recueillir le plus d’argent possible pour améliorer les installations du Centre hospitalier régional de Trois-Rivières. Elle a déjà amassé 3 000$. Vendredi dernier, je lui disais à quel point je l’admirais et elle m’a répondu tout bonnement:

– T’sais Judith, j’ai toujours pensé aux autres. J’suis généreuse de nature. J’suis faite de même. Quand je vois que les choses pourraient être mieux, j’me mets en action. Depuis un mois, mon chum dort sur un lit pliant, tu comprends. Y’é déjà tellement bon d’être ici avec moi. J’me dis qu’y dormirait mieux sur un bon matelas. Avec l’argent que j’vais ramasser, je voudrais que les responsables achètent des lits muraux, des débarbouillettes qui ont pas l’air du papier sablé, des télés qui ont de l’allure, des livres sur le deuil. Souvent, le temps est long ici. Y’en a qu’y ont pas de visites. Les gens pensent qu’on n’a plus besoin de rien parce qu’on est en fin de vie, mais c’est le contraire. La moindre attention compte rendu là. J’aimerais ça que ça se réalise avant que je parte. Mais si c’est plus tard, c’est pas grave. J’aurai fait ce que je pouvais. J’me trouve tellement chanceuse d’être ici. J’suis bien, je souffre pas. J’vais continuer tant que j’vais être capable. Pis j’suis pas inquiète, ça va bien aller.

J’étais béate d’admiration en quittant Nancy et j’avais une seule idée en tête : trouver des moyens de l’aider. Alors j’ai contacté une journaliste pour lui proposer de faire un reportage à son sujet, j’ai appelé la Fondation régionale pour la santé de Trois-Rivières (RSTR) pour m’informer de la marche à suivre et j’ai commencé à écrire.

Rien ne donne plus de sens à ma vie que d’aider les autres, rien ne calme autant mes angoisses. Je vous jure, ça fait un bien fou d’arrêter de se regarder le nombril. Essayez! Vous allez voir. Vous pouvez même commencer maintenant en contribuant à la quête de sens de Nancy. C’est très simple:

  1. Vous cliquez sur le lien ci-dessous pour accéder au site de la Fondation.
  2. Vous cliquez sur « Faites un don maintenant ».
  3. Vous sélectionnez Don spécifique (soumettre), puis le secteur Soins palliatifs.
  4. Dans la section commentaire, indiquez Nancy Bergeron. De cette manière, Nancy connaitra la somme qu’elle a réussi à récolter grâce à votre appui.
  5. Partagez cet article et parlez de la mission de Nancy tant que vous pourrez.

Cliquez ici : http://www.fondationrstr.com/

Au nom de Nancy et en mon nom, je vous remercie du fond du coeur de donner un sens à son épreuve.

10 pensées sur “La quête de sens”

  1. Jacques , du jeudi matin... dit :

    Félicitations. Tu écris très bien et tu exprimes bien ce que l’on peut ressentir. J’ai les yeux mouillés…

    1. Judith Proulx dit :

      Merci Jacques! C’est touchant que tu aies pris le temps de me lire! Et merci d’arroser les plantes le jeudi, comme ça je n’ai jamais à le faire 😉 À bientôt!

  2. Judith Proulx dit :

    Merci pour ce touchant témoignage Nathalie! Nancy est un être d’amour et lumière. Moi aussi, je me considère comme très privilégiée d’avoir fait sa connaissance. Votre message me touche beaucoup, car mon père, Richard Proulx, a travaillé toute sa vie (et travaille encore tellement!) à la clinique médicale de St-Léonard, alors tous ces endroits que vous nommez me sont familiers.

  3. Judith Proulx dit :

    Bonjour Sonia, Ça me rend tellement heureuse que les gens puissent se retrouver dans mes écrits. Et décidément, ma mère est ma plus grand ambassadrice! Je crois qu’elle envoie tous ses patients anxieux sur mon blogue. Elle n’arrête pas de me dire combien elle comprends mieux cette réalité maintenant. C’est très touchant! Merci de me témoigner ton appréciation!

  4. Judith Proulx dit :

    Chère Sylvie, je comprends si bien votre tristesse. La bonté et la générosité de Nancy sont exceptionnelles. Sa détermination à faire reconnaître l’importance des soins accordés aux personnes en fin de vie me touche énormément. Merci pour votre message.

    1. Judith Proulx dit :

      Chère Sylvie,
      Je suis profondément touchée par votre message. C’est rassurant de voir que Nancy est si bien entourée et qu’elle est sereine face à la mort qui approche. C’est une très grande leçon de vie pour moi. Nancy me montre qu’on a le choix de vivre le moment présent, même s’il est très difficile, qu’on a le pouvoir d’aimer de tout son coeur et d’être généreux. Si vous saviez à quel point j’apprends à son contact. Je suis certaine que tous ceux qui la côtoient aux soins palliatifs vous diraient la même chose. Elle change notre manière de voir la fin de vie. Félicitations d’avoir cru en sa mission et d’avoir amassé autant d’argent. Continuez de la visiter aussi souvent que possible, elle et Luc (qui est absolument extraordinaire lui aussi par son amour, son engagement et son dévouement pour elle) ont bien besoin de leurs proches. Avec toute mon affection, Judith xx

  5. Joane dit :

    Judith, je suis la cousine de Nançy, Joane. Toi et Nançy m’inspiré par votre bonté, votre générosité et votre grandeur d’Ame.

    Merci d’accompagner ma cousine comme tu le fais. Vous êtes choyé de vous etre rencontré, tout un sens pour une quête de Sens.

    Je suis très fière de Nançy, j’ai le privilège de la côtoyer dans ses moments de fin de vie et je l’a trouve exceptionnelle.

    Merci Nançy ét Judith, votre bonté nourrit mon Ame xxx

    Nançy

    1. Judith Proulx dit :

      Merci chère Joane! Vous avez tout à fait raison, Nancy est exceptionnelle. Elle est également choyée d’être entourée d’une famille qui l’aime et la supporte, comme vous le faites. Votre présence est très précieuse pour elle. Pour ma part, il m’a semblé tout naturel de l’aider à se faire entendre. Merci encore pour vos bons mots. Je l’apprécie sincèrement.

  6. Judith Proulx dit :

    Bonjour Thérèse,
    Quel beau ce message ce midi alors que je reviens des soins palliatifs où j’ai vu une patiente dans une condition très difficile à supporter. Vous me rendez joyeuse et je vous en remercie. Une publication viendra, je ne saurais dire quand précisément, mais d’ici 1 an je l’espère. À bientôt, Judith

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