Mes états

Une fête de lumière

Cette fête de Pâques est la plus lumineuse que j’aie vécue durant mon enfance. Généralement, dans ma famille, Pâques était célébré le dimanche midi. Toute la parenté arrivait après la messe. C’étaient des embrassades et des éclats de joie, des cris d’enfants et des saveurs exquises jusque tard dans l’après-midi.

Notre petite maison de campagne était pleine à craquer et nous étions si heureux de ces premières grandes retrouvailles après le temps des fêtes. Bien sûr, la gourmande en moi salivait rien qu’à penser au jambon fumant et aux célèbres « grands-pères » dans le sirop d’érable de mon père. Cette année-là, ce fut complètement différent et c’est sans doute pour cette raison que j’en ai gardé un vif souvenir, malgré mes quatre ans.

Toute ma grande famille était attendue le samedi soir, après la Vigile pascale, et dans mon souvenir, mes parents passèrent la journée entière à tout préparer. J’avais compris que mon plus jeune frère serait baptisé ce soir-là, lors d’une grande fête de la lumière, et j’étais très excitée.

Quand nous sommes entrés dans l’église, je remarquai tout de suite qu’il faisait noir et que cela m’empêchait de voir les couleurs des vitraux que j’aimais tant. En fait, toute l’église était plongée dans la pénombre, créant une ambiance solennelle qui m’impressionna au plus haut point. Autre détail mystérieux : le prêtre offrait à tous les fidèles une petite chandelle blanche. Est-ce que toute cette cérémonie était pour le baptême de mon frère? Je n’y comprenais rien!

Les yeux plissés, je reconnus ma grand-mère Marielle, assise dans son banc habituel, qui me souriait et me faisait un signe de la main. Je me sentis immédiatement rassurée et je courus vers elle pour l’embrasser.

Lorsque la cérémonie religieuse débuta, le prêtre alluma ce qui me parut alors être un grand feu dans une vasque dorée. La lumière surgit et je sentis la chaleur s’en dégager. Il prit ensuite une énorme chandelle qu’il alluma à même ce feu. Puis, la flamme se propagea de ce grand cierge aux petites bougies blanches que chacun avait reçues. La lumière se répandit et bientôt, elle éclaira tous les visages. Mon frère, dans sa robe blanche de baptême, avait l’air d’un ange.

Quand le prêtre arriva dans le chœur, l’orgue se mit à vibrer. Dès les premières notes, je vis les petites chandelles s’élever doucement. La lumière se mit à danser au rythme de la musique pendant ce qui me sembla une éternité. Dans mon cœur d’enfant, j’étais heureuse. Comblée. J’ai un souvenir très vague de la célébration du baptême et de la grande fête qui s’ensuivit. Du haut de mes quatre ans, j’avais l’impression d’avoir vécu à un moment magique qui laissa en moi une croyance inébranlable : nous sommes tous liés les uns aux autres par notre lumière.

Malgré la nostalgie qui m’habite ce matin, le souvenir de cette célébration m’enchante. Je suis avec ma famille, malgré la distance qui nous sépare, et j’espère que le feu sacré qui brûle en chacun de nous saura illuminer cette journée de Pâques.

4 pensées sur “Une fête de lumière”

  1. Gagne dit :

    Un si beau souvenir qui laisse son empreinte spirituelle merci de partager ce feu sacré

  2. miriam bernier dit :

    C’est un partage magnifique! Merci Judith!!!

    1. Judith Proulx dit :

      Merci à toi, Miriam ! Ta présence dans ma vie cette année m’a permis de renouer avec l’émerveillement, le recueillement et la joie que j’éprouvais, enfant.

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